Tajawoz E-Magazine, February 2007 - Issue 06

 

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Le bâteau ivre
(Rimbaud)


Comme je descendais des fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs;

Des Peau-Rouges criards les avaient pris pour cibles,

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

 

J'étais insoucieux de tous les equipages,

Porteur de blés flamands ou de cotton anglais.

Quand avec mes haleurs ont fin ices tapages,

Les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

 

Dans le clapottement furieux des marées,

Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,

Je courus! Et les Péninsules démarrées

N'ont pas subi tohu-bohus plus trionphants.

 

La tempête a béni mes éveils maritimes.

Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots

Qu'on appelle rouleur éternels de victims,

Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots!

 

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,

L'eau verte pénétra ma coque de sapin

Et test aches de vins bleues et des vomissures

Me leva, dispersant gouvernail et grappin.

 

Et dès lors, je me suis baîgné dans le Poème

De la Mer, infuse d'astres, et lactescent,

Dévorant les azurs verts où, fottaison blame

Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires

Et rythmes lents sos les rutilements du jours,

Plus fortes que l'alcool, plus vaste que nos lyres,

Fermentent les rousseurs amères de l'amour.

 

Je sais que les cieux crevants en éclairs, et les trombes

Et les ressacs et les courants: je sais le soir,

L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,

Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir!

 

J'ai vu le soleil bas, tavhé d'horreurs mystiques,

Illuminant de longs figements violets,

Pareils à des acteurs de drames très antique

Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!

 

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,

Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,

La circulation des sèves inouïes,

Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs!

 

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries,

Hystӎriques, la houle à l'assut des récifs,

Sans songer que les pieds lumineux des Maries

Pussent forcer le muffle aux Océans possifs!

 

J;ai heurté, savez-vous, dincroyables Florides

Mêlant aux fleurs des yeux de pantheres à peaux

D'Hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides

Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux!

 

J'ai vu fermenter les marais émormes, nasses

Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan!

Des écroulements d'eau au milieu des bonaces,

Et les lointains vers les gouffres cataractant!

 

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braise,

Echouages hideux aux fond des golfes bruns

Où les serpents géants dévorés des punaises

Choient, des arbres tordus, avec des noirs parfums!

 

J'aurai voulu montrer aux enfants des dorades

Du flot bleu, ces poisons d'or, ces poisons chantants.

- Des écumes de fleurs ont brcé mes dérades

Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

 

Parfois, martyrt lassé des poles et des zones,

La mer don’t le sanglot faisait mon roulis doux

Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes

Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux…

 

Presqu'île, blottant sur mes bords les querelles

Et les fentes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.

Et je voguais, lorsqu"a travers mes liens frêles

Des noyés descendaient dormer, à reculons!...

 

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,

Jeté par l'ouragan dans l'ether sans oiseau,

Moi don’t les Monitors et les voiliers des Hamses

N'aurient pas repêché la carcasse ivre d'eau;

 

Libre fumant, monté de brumes violettes,

Moi qui trouis le ciel rougeoyant comme un mur

Qui porte, confiture exquise aux bons poêtes,

Des lichens de soleil et des morves d'azur;

 

Qui courais, taché de lunules électriques,

Planche folle, escorté des hippocampus noirs,

Quand les juillets faisaient crouler à coup de triques

Les cieux ultramarines aux ardents entonnoirs;

 

Moi qui tremblait sentant geindre à cinquantes lieues

Le rut des Béhémots et les Maelstroms pais,

Fileur eternal des immobilités bleues,

Je regretted l'Europe aux anciems parapets!

 

J'ai vu des archipels sidéraux! Et des îles

Don’t les cieux délirants sont ouverts au vogueur:

- Est – ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles,

Million d'oiseaux d'or, Ô future Vigueur? –

 

Mais vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes,

Toute lune est atroce et tout soleil amer:

L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes,

O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!

 

Si je desire une eau d'Europe, c'est la flache

Noire et froide où vers le crepuscule embaumé

Un enfamt accroupi plein de tristesse, lâche

Un bateau frêle comme un papillon de mai.

 

Je ne puis plus, baîgnéde vos langueurs, ô lames,

Enlever leur sillage aux porteurs de cottons,

Ni traverser l'orgeuil des drapeaux et des flames,

Ni nager sous les yeux horribles des pontoons.

Rimbaud

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ÔÈÇØ (ÝÈÑÇíÑ) 2007
 

 

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Symbolisme
Rimbaud

 

 

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